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Du rififi chez les protestants

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Décidément, la décision du dernier synode national de l’EPUdF (Réformés et Luthériens) d’autoriser les pasteurs qui le souhaitent à bénir les couples homosexuels n’en finit pas de faire des ravages, tant au sein de l’EPUdF elle-même que dans la FPF, chacun rejetant la faute sur l’autre soit, pour ceux qualifiés d’évangéliques, au nom de la trahison du « sola scriptura » (la seule autorité est celle de l’Ecriture, la Bible) soit, pour ceux qualifiés de « libéraux » (ne fondant plus leur foi sur l’Ecriture), au nom d’une lecture fondamentaliste dépassée.

A tel point que, au sein même de l’EPUdF, un courant des « attestants » est né qui réaffirme ce « sola scriptura » et, sans rompre la communion, rejette cette bénédiction des unions homosexuelles comme contraire à l’enseignement de la Parole. Mais les « libéraux » voient d’un mauvais oeil ce « retour en arrière » et chacun accuse : qui de trahir l’esprit de la Réforme, qui de faire preuve d’intolérance en prétendant détenir la seule vraie foi, …

Et la Fédération Protestante de France (FPF) elle-même est touchée avec des réactions fortes : départ des pentecôtistes, plusieurs unions d’églises évangéliques semblent prêtes elles aussi au divorce et, sur le terrain local, les relations entre dénominations protestantes sont en grande difficulté.

Preuve s’il en est du clivage autour de ce thème, « Protestants en fête » qui devait se tenir à Lyon en 2017  et coïncider avec le 500ème anniversaire de la publication des thèses de Martin Luther, n’aura finalement pas lieu, les « évangéliques » refusant de partager la communion (la sainte cène) avec les « hérétiques » et les « libéraux » ne pouvant se résoudre à céder à un « chantage » de la part des « fondamentalistes ».

Nos grand réformateurs, Luther et Calvin pour les principaux et les plus connus, doivent « se retourner dans leur tombe » en voyant ce spectacle affligeant de gens « très spirituels » d’un côté (les évangéliques fondamentalistes prompts à l’anathème) et très « libéraux » de l’autre (les intellectuels relativistes méprisant « la foi simple » des « obscurantistes ») s’accuser mutuellement du pire et favoriser le repli identitaire et donc la méfiance au détriment de l’oeuvre commune : l’annonce de l’Evangile et le soin des plus faibles.

Quel gâchis, quel triste spectacle !

 

Paul Opitz